Une partie de l'actuelle communauté de turcs cypriotes est issue d'une conversion à l'islam de chrétiens résidant sur l'île (Catholiques et Maronites) . Ces populations furent converties au cours du 16e siècle de notre ère. Depuis cette date ces populations restèrent en contact étroit avec les turcs d'Anatolie, contacts qui s'intensifièrent durant les trente dernières années suite à la décision de turquisation de Chypre menée par la république turque puis par la « RTCN ». Cette politique conduisant à changer la toponymie de l'île, la plupart des villages grecs dans le nord du pays ayant changé de nom depuis 1974. Les traces sont tout à fait visibles dans les rues des anciens villages occupés majoritairement par les grecs avant l'opération militaire « Attila ». La propagande ne manque pas des deux cotés de ligne verte, du coté grec pour dénoncer un changement de l'identité de l'ile, du coté turc pour expliquer sans relâche les vertus de l'opération de paix de 1974.

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| Une plaque dans une rue d'un village du nord.
Il est possible de voir au dessous l'ancienne plaque en grec qui n'a pas été démontée. | Symbole d'un attachement sans appel à la nation dans le village mixte de rizokarpasso ?
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Qu'en est il dans les faits ? Que peut-on dire de la situation de linguistique de l'île ? A quelle identité font référence les deux protagonistes ?
Je ne suis pas turcophone aussi je prie mes lecteurs de m'excuser me rendre sur un délicat chemin qui n'est pas du tout ma spécialité. Si je ne puis juger en toute objectivité de l'aptitude des cypriotes du nord à parler le turc je puis en revanche témoigner de mon expérience issue de nombreux voyages à Chypre durant ces quinze dernières années.
J'ai souvent souligné mais il est bon de le rappeler une fois encore, la difficulté voire impossibilité d'attribuer des critères physiques aux cypriotes qu'ils soit « grecs » ou « turcs », il est donc illusoire de chercher les différencier, sauf à les entendre parler une des deux langues du pays. Ce critère n'est pas non plus significatif. En effet de nombreux cypriotes turcs parlent couramment la langue locale le « kypriaki ». Je me souviens avoir indiqué à un grec de Limassol venant tous les étés en congés dans la péninsule d'Akamas qu'un des mes amis était un turc du village d'Androlikou. Il le connaissait pourtant depuis des années sans avoir imaginé à un seul moment qu'il avait à faire à un de ses compatriotes turcs vivant depuis toujours dans le sud, rien ne le distinguant physiquement des grecs. Il ne manquait pas également de ponctuer ses phrases de nombreux « Ah Panaya ! Panaya! », signifiant « vierge marie » en grec. Expression n'appartenant pas particulièrement aux expressions spontanées d'un musulman sunnite.
Un autre jour, je me perdis dans la partie nord de Nicosie, je cherchai désespérément le point de passage de Ledra, quand je trouvai des enfants en train de jouer dans la rue. Je m'adressai à leur mère en anglais. Fait assez rare à Chypre elle ne parlait pas cette langue, pour tenter de mettre un terme à notre incompréhension mutuelle elle me posa directement la question suivante : « Kserete Ellinika ? » (vous connaissez le grec ?). Je lui répondis « milo mono ligo ellinika ».(Je parle seulement un peu le grec). Elle ne manqua pas de s'étonner de ma réponse, comme l'aurait fait n'importe quel cypriote grec lorsqu'un étranger est capable de déchiffrer leur alphabet ou de bredouiller une réponse dans leur langue même avec une syntaxe le plus souvent approximative. Elle m'indiqua alors dans un grec parfait le moyen de rejoindre le point de contrôle.
Cette année là, je décidai de me rendre pour une semaine dans la péninsule de Karpass, la pointe à l'extrême est de l'île. Mes connaissances en turc étant limitées à peu près à une seule phrase à savoir « Lüften, bir bardak çay » (s'il vous plaît, un verre de thé), je ne tardais pas à être contraint de m'exprimer en anglais ou en grec. Dans une taverne, je fus à nouveau confronté au problème de la barrière de la langue. A tout hasard, je commandai mon repas en grec. Le serveur me gratifia d'un sourire non feint, exprimant un sentiment d'étonnement mêlé de reconnaissance. Il invectiva le patron en grec d'un verbe haut pour lui signaler qu'un client italien parlait le grec. Un homme d'une soixantaine d'années, vint à ma rencontre en s'exprimant cette fois dans un anglais parfait, au point que je pensais avoir avoir à faire à un britannique. Il m'indiqua s'appeler Hassan, et avoir vécu trente sept ans en Grande-Bretagne avant de revenir s'installer dans la péninsule de Karpass. Je lui expliquais à mon tour que je n'étais pas italien et que la langue qu'il avait cru reconnaitre était du français. Il convient de dire à sa décharge que les touristes et les résidents français sont quasiment absents du nord de Chypre. Nous avons longuement discuté ensemble. Alors que je m'étonnais de la présence de porc à la carte de son menu, il commença par m'expliquer qu'il le destinait en priorité aux touristes mais qu'il en mangeait également volontiers. « Les cypriotes ne sont pas de bons musulmans», conclut il sous la forme d'un aveu. Je lui demandais s'il y avait encore quelques grecs dans les villages alentours. Il corrigea mes propos immédiatement. « Il n'y a pas quelques grecs ! Il y a beaucoup de grecs ici ! Ce sont des braves gens, eux ils vont à l'église tous les dimanches ! Mon restaurant est plein de grecs le dimanche !»

La péninsule de Karpass depuis le monastère d'Apostolos Andreas
Il est vrai que les inscriptions bilingues sont nombreuses dans la péninsule de Karpass. Le plus souvent, il s'agit de restaurants proposant du poisson, ou du « Klephtico» une spécialité d'agneau cuit au four typiquement grecque, dont le nom est lié aux relations mouvementées entre Grecs et Turcs.i

Plaque publicitaire pour un restaurant
Néanmoins la situation est moins idyllique que celle décrite par le patron de cette taverne. La péninsule de Karpass qui deviendra à n'en pas douter dans un très proche avenir, un des plus beaux lieux de villégiature de l'île de Chypre est surtout connue pour abriter une communauté de grecs enclavés. Le recensement du 30 juin 94 donnait les chiffres suivants:
RIZOKARPASO 355
KORMAKITIS 159
AGIA TRIAS134
KARPASEIA 24
ASOMATOS 13
LEONARISSO 6
AGIOS ANDRONIKOS 6
AGIOS THERISSOS 6
MONASTERE D'APOSTOLOS ANDREAS 4
KERYNEIA 4
TOTAL 717
Le nombre des cypriotes grecs a subit une forte régression depuis 1976. Cette minorité ayant été la cible de pressions de toutes natures visant à les encourager à rejoindre la zone contrôlée par le gouvernement de la république de Chypre. Cette population essentiellement composée de ruraux était restée dans leurs villages d'origine après les événements de 1974. Les différentes brimades dont ils firent l'objet par le gouvernement de la TRNC amenèrent une réduction drastique de leur nombre passant de 12,289 personnes en 1974 à environ 700 individus de nos jours. Les forces des nations unies pourvoyant à leur besoin en nourriture.

La force des nations unies dans la zone neutre près de l'ancien palace de Ledra.
Néanmoins l'entrée dans L'Europe de la république de Chypre, et les visées de la République Turque à rejoindre la communauté européenne ont été de nature à modifier dans le bon sens la situation de cette population. L'autorisation de construire un lycée pour les jeunes générations leur a été accordée depuis peu. De plus l'ouverture de la frontière leur permet d'avoir des contacts plus fréquents avec les membres de leurs familles ayant déménagé dans le sud. Le problème des enclavés a pourtant fait l'objet d'accords et d'un nombre incalculable de déclarations de bonnes intentions. Dès 1975, le troisième accord de Vienne conclu entre Glafcos Clerides et Rauf Dentakh respectivement président de la république de Chypre et leader des cypriotes turcs prévoyait les dispositions suivantes:
-
Les cypriotes turcs installés dans le sud pouvaient passer au nord avec leurs biens
-
Rauf Dentkask réaffirma que les cypriotes grecs vivant dans le nord étaient libres d'y résider, qu'une aide leur serait apportée afin qu'ils y mènent une « vie normale ». Ce terme indiquant que la pratique de leur religion ne serait pas interdite, qu'ils auraient accès aux soins médicaux, la liberté de mouvement dans le nord, et la possibilité de disposer d'établissement éducatifs dans leur langue.
-
Dans le cadre des dispositions de cet accord une priorité serait donnée à la réunification des familles, ce qui impliquait le transfert de cypriotes grecs du sud vers le nord.
Dans les faits ces accords ne furent jamais appliqués par l'administration de Rauf Denktash. Un rapport des nations unies fit état d'atteintes constantes aux droits de l'homme, et de problèmes tant pour la sécurité physique de la minorité grecque que pour leurs biens. Les conclusions de ce rapport furent confirmées le 9 octobre 1983 par la commission européenne faisant état de privations de biens, de pillages, et de discriminations menés par les soldats turcs. La situation semblerait aujourd'hui apaisée.

La péninsule de karpass (vue depuis le château de Kantara)
De retour à Nicosie, alors que je dinais dans un restaurant fréquenté par des réfugiés de cette partie de Chypre, l'un des convives également issu de cette région me fit part de l'existence d'un crypto-christianisme dans le nord de Chypre, m'indiquant que la plupart des cypriotes turcs de la péninsule de Karpass étaient pour l'essentiel des anciennes familles chrétiennes converties à l'islam au XVIe siècle.
Cela n'avait en soi rien de surprenant, attendu que l'église latine avait été chassée de Chypre par les Ottomans. Ses adeptes ayant été contraints à la conversion ou à l'exil. A n'en pas douter des familles avaient certainement choisi la religion des nouveaux maitres, d'autant que l'adhésion à cette nouvelle foi permettait un accès plus aisée dans l'administration Ottomane et surtout un allègement des taxes appliquées aux dhimis . Cette mesure visait uniquement l'église latine et reçu l'assentiment du clergé orthodoxe dont les pouvoirs furent à l'inverse accrus par les Ottomans. Il est donc fortement probable pour ne pas dire certain que nombre de familles turcophones et musulmanes descendent en droite ligne familles vénitiennes, arméniennes et françaises qui occupèrent l'ile pendant des siècles. Il est aussi intéressant de noter que nombre de grecs orthodoxes portent des patronymes les rattachant indubitablement à l'islam.

Mosaïque de l'église paléochrétienne de Agia Trias dans la
péninsule de karpass représentant des sandales symbole des pèlerins.
Les noms grecs construits autour de la racine sémitique "hadj"(signifiant pèlerins) comme les Hadjicostas, Hadjiantonas, Hadjipanayis, Hadjipoulos laisse peu de doute quant à l'origine de la confession de leurs ancêtres. Je renvoie d'ailleurs à ce propos les lecteurs intéressés à l'excellent article en anglais d'Alkan CHAGLARi sur ce sujet. La conversion est un phénomène courant et complexe. Le prosélytisme étant diversement apprécié par les trois religions du livre. Les raisons en sont multiples et sortent du cadre de cet article. Néanmoins si la conversion et ses motifs est largement documenté dans la littérature, il n'en va pas de même des pratiques religieuses secrètes. L'utilisation du préfixe « crypto » n'est pas neutre car il renvoie à la transmission de rites secrets liés à la religion d'origine d'une famille. La plus connue de ses pratiques étant le maranisme auquel j'avais consacré quelques lignes dans mon article traitant du ghetto de Venise sur ce même site. Je dois avouer n'avoir jamais entendu mentionner le terme de crypochristianisme avant de me rendre à Chypre. J'ignore s'il existe encore des cas de transmission secrète de rite chrétiens parmi les familles turques de Chypre, cette information étant particulièrement difficile à vérifier du fait de la nature intrinsèque de cette tradition visant précisément à donner le change aux pratiquants officiels d'une confession majoritaire. Je n'en exclu pas la possibilité car des comportements de cypriotes turcs laisseraient penser que ce phénomène puisse encore exister.
A l'instar des familles espagnole d'ascendance juive, (il est bon de rappeler que des cas avérés de maranisme existaient encore dans la péninsule ibérique jusqu'en 1930), certaines familles cypriotes turques de ses régions rechignent à se marier avec des anatoliens, et continuent à pratiquer couramment le grec . La rumeur locale affirme, (je n'ai pu vérifier l'information personnellement) que l'armée turque contraignit les villageois de cette région à demeurer sur place, ne levant cette interdiction de mouvement que lorsqu'ils auraient appris à parler le turc. Je ne sais si cette information est exacte. Cependant il est des signes qui ne trompent pas.
Le village d'Agia Trias (la sainte trinité) au nom si chrétien était quasi exclusivement composé de turcs cypriotes avant 74; il est d'ailleurs encore un des rares villages mixtes dans le nord. Une source estimait au 19e siècle entre 10 à 15.000 crypto-chrétiens à Chypre sur un total de 32,000 musulmans. Ces crypto-chrétiens, à la lisière de deux identités étaient appelés les "Linovamvakoi" textuellement les « lin et coton » en référence à un vêtement composé d'un mélange de fibres {lin (lino) et de coton (Vamvaki)}
Ce nom fera à n'en pas douter les délices des lecteurs exégètes car il fait une référence explicite au Talmud qui prohibe explicitement aux juifs de porter des vêtements tissé de lin et de coton en employant en hébreu à la fois l'adverbe yalfrJ.aw (ensemble) et le substantif sa 'al"nëz indiquant un tissu mélangé. Nous avons à faire à un signe de l'influence de la troisième religion du livre attendu que l'interdiction de porter des vêtement composés de fibre mélangées ne s'applique pas aux gentils
D'autres interpénétrations culturelles méritent d'être relevés il s'agit du rite de mariage cypriote.Ce rite est pratiqué encore de nos jours aussi bien par les grecs que par les turcs car il n'est pas confessionnel car pratiqué après la cérémonie religieuse. Les futurs époux venant de conclure leur union dans leur rite religieux spécifique, publient généralement une annonce indiquant la date de leur union dans la presse locale de façon à y inviter tous les villageois, qui se rendent alors à la fête. Le lien familial n'est pas nécessaire pour assister au mariage. Tous les convives se rendant au mariage doivent apporter une enveloppe contenant de l'argent dont le montant est proportionnel à la proximité du lien familial avec les futurs époux. Il n'est pas rare de trouver jusqu'à cinq cent personnes invités à un mariage. Il est d'usage de se rendre au mariage même si l'on ne connaît pas forcement intimement les futurs époux. Au début de la cérémonie les mariés saluent l'ensemble des convives sous un dais de mariage
Le dais de mariage
qui n'est pas sans rappeler la « 'houpa » du judaïsme. Les invités en profitent pour remettre leur enveloppe. Le repas de mariage est très simple, il est constitué de « klephtiko », de « resi » (une purée de froment) et de « korabiédes » (pâtisseries aux amandes). Les convives dansent alors le « tsifteteli » (τσιφτετέλι), une danse traditionnelle dont le nom est dérivé de deux mots turcs signifiants çifte (le double) et telli (cordes). Puis sur l'air traditionnel de la chanson du mariage, on procède au rite du « choros tou androginou »

« le rite du choros tou androginou »
consistant pour les invités épingler les billets de banque sur les mariés. La cérémonie s'achève, comme dans le judaïsme en brisant du talon une tasse, ou un verre. Les similitudes ont telles avec le judaïsme qu'elles ne peuvent être le fruit du hasard.
Les emprunts à la culture turque sont si importants (musique, danse, cuisine) qu'ils deviennent totalement constitutifs de la culture locale. La façon de vivre des deux minorité est identique. Dans les village du nord de Chypre maintenant occupés majoritairement par des turcs, l'ancien Kafénio grec sert souvent de Kahvesi turc, c'est le cas dans le village de Yeni Enreköy.

l'ancien Kafénio grec devenu le Kahvesi à Yeni Enreköy.

Le "cognac" cypriote, servi en fin de repas dans les tavernes du nord et du sud.
Plus de choses rapprochent les grecs et les turcs de Chypre qu'elles ne les séparent. Leur façon de vivre est identique, leur cuisine, leur profond attachement aux valeurs familiales, certains rites. Il est impossible encore de nos jours de différencier une mosquée d'une église avant que le minaret ou le campanile ne soit achevé
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Une église ? Non une mosquée transformée en église
| Une église orthodoxe dans le nord
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La mosquée moderne du village d'Agias Trias
| La mosquée et l'église du village de rizokarpasso. Toujours en usage. Symbole d'un avenir commun ou d'un passé révolu ?
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Il est bien connu que les grecs participaient avec leurs voisins turcs aux fêtes traditionnelles issues de l'islam L'identité cypriote s'est construite au coeur du proche orient, sur une île traversée par toutes les influences d'une région qui est le berceau des trois monothéisme. Il n'est pas possible de procéder à une étude sérieuse de la tradition cypriote sans naviguer d'une culture à l'autre tant leur interpénétration est importante. S'il existe sans aucun doute une spécificité culturelle dans ce pays elle est le fruit de centaines voire de milliers d'années d'échanges culturels, entre des éléments de la culture classique, de la philosophie de juifs hellénisés, de la culture byzantine, latine, vénitienne, ottomane, et pour finir de l'influence d'une occupation britannique qui a laissé outre la conduite à gauche, la pratique de l'anglais prenant pratiquement le statut de troisième langue officielle. Ce conflit, comme beaucoup est fratricide.
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Le village de rizokarpasso
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Mais Chypre est à l'image de l'orient, un creuset culturel, un carrefour de civilisations qui loin de se haïr sans cesse au cours de leur histoire développèrent une identité commune et complexe. L'histoire de l'humanité s'écrit souvent avec le sang et les larmes, mais aussi grâce aux échanges inter-communautaires. La spécificité de l'un se fondant dans la nation crée par l'autre, au point que l'on ne peut y distinguer le coton du lin pour paraphraser le Talmud.
Puisse ce conflit entre frères de sang et issus de la même culture méditerranéenne éveiller notre vigilance. J'écris ces lignes quelques jours après que le gouvernement de mon pays ait décidé de voter un amendement sur l'ADN qui réveille des démons que l'on croyaient définitivement assoupis. L'immigration d'une époque bâtit la culture de l'avenir. La culture d'une nation est fort heureusement la progéniture adultérine d'autres traditions antérieures. Il en sera toujours ainsi nonobstant les dispositions politiques de nostalgiques de régimes policiers, exacerbant à mots peine couvert le mythe de la pureté du sang. Ayons toujours à l'esprit cette maxime universelle, il est toujours plus facile de détruire que de construire.
Jean-Marc Cavalier Lachgar Octobre 2008
Liens:
Les cryptos-chrétiens en Turquie sur Istanbul guide.net
ihttp://www.toplumpostasi.net/index.php/cat/1/col/85/art/965/PageName/Ana_sayfa
i Le « Klephtico» pouvant être traduit par « viande volée » en référence au terme grec « Klepht » signifiant bandits. Les termes kleptomane et kleptomanie dérivent de cette racine. Les klephts étaient des bandits organisant des vendettas contre les officiels Ottomans. La tradition indique que les Klephts ne possédant pas de troupeaux, boucanaient lentement la viande dans des petites fosses, afin de ne pas se faire repérer par la fumée de cuisson Nombreux furent les Klephts qui participèrent à la guerre d'indépendance grecque.(Ελληνική Επανάσταση 1821–1829)
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Une partie de l'actuelle communauté de turcs cypriotes est issue d'une conversion à l'islam de chrétiens résidant sur l'île (Catholiques et Maronites) . Ces populations furent converties au cours du 16e siècle de notre ère. Depuis cette date ces populations restèrent en contact étroit avec les turcs d'Anatolie, contacts qui s'intensifièrent durant les trente dernières années suite à la décision de turquisation de Chypre menée par la république turque puis par la « RTCN ». Cette politique conduisant à changer la toponymie de l'île, la plupart des villages grecs dans le nord du pays ayant changé de nom depuis 1974. Les traces sont tout à fait visibles dans les rues des anciens villages occupés majoritairement par les grecs avant l'opération militaire « Attila ». La propagande ne manque pas des deux cotés de ligne verte, du coté grec pour dénoncer un changement de l'identité de l'ile, du coté turc pour expliquer sans relâche les vertus de l'opération de paix de 1974.

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| Une plaque dans une rue d'un village du nord.
Il est possible de voir au dessous l'ancienne plaque en grec qui n'a pas été démontée. | Symbole d'un attachement sans appel à la nation dans le village mixte de rizokarpasso ?
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Qu'en est il dans les faits ? Que peut-on dire de la situation de linguistique de l'île ? A quelle identité font référence les deux protagonistes ?
Je ne suis pas turcophone aussi je prie mes lecteurs de m'excuser me rendre sur un délicat chemin qui n'est pas du tout ma spécialité. Si je ne puis juger en toute objectivité de l'aptitude des cypriotes du nord à parler le turc je puis en revanche témoigner de mon expérience issue de nombreux voyages à Chypre durant ces quinze dernières années.
J'ai souvent souligné mais il est bon de le rappeler une fois encore, la difficulté voire impossibilité d'attribuer des critères physiques aux cypriotes qu'ils soit « grecs » ou « turcs », il est donc illusoire de chercher les différencier, sauf à les entendre parler une des deux langues du pays. Ce critère n'est pas non plus significatif. En effet de nombreux cypriotes turcs parlent couramment la langue locale le « kypriaki ». Je me souviens avoir indiqué à un grec de Limassol venant tous les étés en congés dans la péninsule d'Akamas qu'un des mes amis était un turc du village d'Androlikou. Il le connaissait pourtant depuis des années sans avoir imaginé à un seul moment qu'il avait à faire à un de ses compatriotes turcs vivant depuis toujours dans le sud, rien ne le distinguant physiquement des grecs. Il ne manquait pas également de ponctuer ses phrases de nombreux « Ah Panaya ! Panaya! », signifiant « vierge marie » en grec. Expression n'appartenant pas particulièrement aux expressions spontanées d'un musulman sunnite.
Un autre jour, je me perdis dans la partie nord de Nicosie, je cherchai désespérément le point de passage de Ledra, quand je trouvai des enfants en train de jouer dans la rue. Je m'adressai à leur mère en anglais. Fait assez rare à Chypre elle ne parlait pas cette langue, pour tenter de mettre un terme à notre incompréhension mutuelle elle me posa directement la question suivante : « Kserete Ellinika ? » (vous connaissez le grec ?). Je lui répondis « milo mono ligo ellinika ».(Je parle seulement un peu le grec). Elle ne manqua pas de s'étonner de ma réponse, comme l'aurait fait n'importe quel cypriote grec lorsqu'un étranger est capable de déchiffrer leur alphabet ou de bredouiller une réponse dans leur langue même avec une syntaxe le plus souvent approximative. Elle m'indiqua alors dans un grec parfait le moyen de rejoindre le point de contrôle.
Cette année là, je décidai de me rendre pour une semaine dans la péninsule de Karpass, la pointe à l'extrême est de l'île. Mes connaissances en turc étant limitées à peu près à une seule phrase à savoir « Lüften, bir bardak çay » (s'il vous plaît, un verre de thé), je ne tardais pas à être contraint de m'exprimer en anglais ou en grec. Dans une taverne, je fus à nouveau confronté au problème de la barrière de la langue. A tout hasard, je commandai mon repas en grec. Le serveur me gratifia d'un sourire non feint, exprimant un sentiment d'étonnement mêlé de reconnaissance. Il invectiva le patron en grec d'un verbe haut pour lui signaler qu'un client italien parlait le grec. Un homme d'une soixantaine d'années, vint à ma rencontre en s'exprimant cette fois dans un anglais parfait, au point que je pensais avoir avoir à faire à un britannique. Il m'indiqua s'appeler Hassan, et avoir vécu trente sept ans en Grande-Bretagne avant de revenir s'installer dans la péninsule de Karpass. Je lui expliquais à mon tour que je n'étais pas italien et que la langue qu'il avait cru reconnaitre était du français. Il convient de dire à sa décharge que les touristes et les résidents français sont quasiment absents du nord de Chypre. Nous avons longuement discuté ensemble. Alors que je m'étonnais de la présence de porc à la carte de son menu, il commença par m'expliquer qu'il le destinait en priorité aux touristes mais qu'il en mangeait également volontiers. « Les cypriotes ne sont pas de bons musulmans», conclut il sous la forme d'un aveu. Je lui demandais s'il y avait encore quelques grecs dans les villages alentours. Il corrigea mes propos immédiatement. « Il n'y a pas quelques grecs ! Il y a beaucoup de grecs ici ! Ce sont des braves gens, eux ils vont à l'église tous les dimanches ! Mon restaurant est plein de grecs le dimanche !»

La péninsule de Karpass depuis le monastère d'Apostolos Andreas
Il est vrai que les inscriptions bilingues sont nombreuses dans la péninsule de Karpass. Le plus souvent, il s'agit de restaurants proposant du poisson, ou du « Klephtico» une spécialité d'agneau cuit au four typiquement grecque, dont le nom est lié aux relations mouvementées entre Grecs et Turcs.i

Plaque publicitaire pour un restaurant
Néanmoins la situation est moins idyllique que celle décrite par le patron de cette taverne. La péninsule de Karpass qui deviendra à n'en pas douter dans un très proche avenir, un des plus beaux lieux de villégiature de l'île de Chypre est surtout connue pour abriter une communauté de grecs enclavés. Le recensement du 30 juin 94 donnait les chiffres suivants:
RIZOKARPASO 355
KORMAKITIS 159
AGIA TRIAS134
KARPASEIA 24
ASOMATOS 13
LEONARISSO 6
AGIOS ANDRONIKOS 6
AGIOS THERISSOS 6
MONASTERE D'APOSTOLOS ANDREAS 4
KERYNEIA 4
TOTAL 717
Le nombre des cypriotes grecs a subit une forte régression depuis 1976. Cette minorité ayant été la cible de pressions de toutes natures visant à les encourager à rejoindre la zone contrôlée par le gouvernement de la république de Chypre. Cette population essentiellement composée de ruraux était restée dans leurs villages d'origine après les événements de 1974. Les différentes brimades dont ils firent l'objet par le gouvernement de la TRNC amenèrent une réduction drastique de leur nombre passant de 12,289 personnes en 1974 à environ 700 individus de nos jours. Les forces des nations unies pourvoyant à leur besoin en nourriture.

La force des nations unies dans la zone neutre près de l'ancien palace de Ledra.
Néanmoins l'entrée dans L'Europe de la république de Chypre, et les visées de la République Turque à rejoindre la communauté européenne ont été de nature à modifier dans le bon sens la situation de cette population. L'autorisation de construire un lycée pour les jeunes générations leur a été accordée depuis peu. De plus l'ouverture de la frontière leur permet d'avoir des contacts plus fréquents avec les membres de leurs familles ayant déménagé dans le sud. Le problème des enclavés a pourtant fait l'objet d'accords et d'un nombre incalculable de déclarations de bonnes intentions. Dès 1975, le troisième accord de Vienne conclu entre Glafcos Clerides et Rauf Dentakh respectivement président de la république de Chypre et leader des cypriotes turcs prévoyait les dispositions suivantes:
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Les cypriotes turcs installés dans le sud pouvaient passer au nord avec leurs biens
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Rauf Dentkask réaffirma que les cypriotes grecs vivant dans le nord étaient libres d'y résider, qu'une aide leur serait apportée afin qu'ils y mènent une « vie normale ». Ce terme indiquant que la pratique de leur religion ne serait pas interdite, qu'ils auraient accès aux soins médicaux, la liberté de mouvement dans le nord, et la possibilité de disposer d'établissement éducatifs dans leur langue.
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Dans le cadre des dispositions de cet accord une priorité serait donnée à la réunification des familles, ce qui impliquait le transfert de cypriotes grecs du sud vers le nord.
Dans les faits ces accords ne furent jamais appliqués par l'administration de Rauf Denktash. Un rapport des nations unies fit état d'atteintes constantes aux droits de l'homme, et de problèmes tant pour la sécurité physique de la minorité grecque que pour leurs biens. Les conclusions de ce rapport furent confirmées le 9 octobre 1983 par la commission européenne faisant état de privations de biens, de pillages, et de discriminations menés par les soldats turcs. La situation semblerait aujourd'hui apaisée.

La péninsule de karpass (vue depuis le château de Kantara)
De retour à Nicosie, alors que je dinais dans un restaurant fréquenté par des réfugiés de cette partie de Chypre, l'un des convives également issu de cette région me fit part de l'existence d'un crypto-christianisme dans le nord de Chypre, m'indiquant que la plupart des cypriotes turcs de la péninsule de Karpass étaient pour l'essentiel des anciennes familles chrétiennes converties à l'islam au XVIe siècle.
Cela n'avait en soi rien de surprenant, attendu que l'église latine avait été chassée de Chypre par les Ottomans. Ses adeptes ayant été contraints à la conversion ou à l'exil. A n'en pas douter des familles avaient certainement choisi la religion des nouveaux maitres, d'autant que l'adhésion à cette nouvelle foi permettait un accès plus aisée dans l'administration Ottomane et surtout un allègement des taxes appliquées aux dhimis . Cette mesure visait uniquement l'église latine et reçu l'assentiment du clergé orthodoxe dont les pouvoirs furent à l'inverse accrus par les Ottomans. Il est donc fortement probable pour ne pas dire certain que nombre de familles turcophones et musulmanes descendent en droite ligne familles vénitiennes, arméniennes et françaises qui occupèrent l'ile pendant des siècles. Il est aussi intéressant de noter que nombre de grecs orthodoxes portent des patronymes les rattachant indubitablement à l'islam.

Mosaïque de l'église paléochrétienne de Agia Trias dans la
péninsule de karpass représentant des sandales symbole des pèlerins.
Les noms grecs construits autour de la racine sémitique "hadj"(signifiant pèlerins) comme les Hadjicostas, Hadjiantonas, Hadjipanayis, Hadjipoulos laisse peu de doute quant à l'origine de la confession de leurs ancêtres. Je renvoie d'ailleurs à ce propos les lecteurs intéressés à l'excellent article en anglais d'Alkan CHAGLARi sur ce sujet. La conversion est un phénomène courant et complexe. Le prosélytisme étant diversement apprécié par les trois religions du livre. Les raisons en sont multiples et sortent du cadre de cet article. Néanmoins si la conversion et ses motifs est largement documenté dans la littérature, il n'en va pas de même des pratiques religieuses secrètes. L'utilisation du préfixe « crypto » n'est pas neutre car il renvoie à la transmission de rites secrets liés à la religion d'origine d'une famille. La plus connue de ses pratiques étant le maranisme auquel j'avais consacré quelques lignes dans mon article traitant du ghetto de Venise sur ce même site. Je dois avouer n'avoir jamais entendu mentionner le terme de crypochristianisme avant de me rendre à Chypre. J'ignore s'il existe encore des cas de transmission secrète de rite chrétiens parmi les familles turques de Chypre, cette information étant particulièrement difficile à vérifier du fait de la nature intrinsèque de cette tradition visant précisément à donner le change aux pratiquants officiels d'une confession majoritaire. Je n'en exclu pas la possibilité car des comportements de cypriotes turcs laisseraient penser que ce phénomène puisse encore exister.
A l'instar des familles espagnole d'ascendance juive, (il est bon de rappeler que des cas avérés de maranisme existaient encore dans la péninsule ibérique jusqu'en 1930), certaines familles cypriotes turques de ses régions rechignent à se marier avec des anatoliens, et continuent à pratiquer couramment le grec . La rumeur locale affirme, (je n'ai pu vérifier l'information personnellement) que l'armée turque contraignit les villageois de cette région à demeurer sur place, ne levant cette interdiction de mouvement que lorsqu'ils auraient appris à parler le turc. Je ne sais si cette information est exacte. Cependant il est des signes qui ne trompent pas.
Le village d'Agia Trias (la sainte trinité) au nom si chrétien était quasi exclusivement composé de turcs cypriotes avant 74; il est d'ailleurs encore un des rares villages mixtes dans le nord. Une source estimait au 19e siècle entre 10 à 15.000 crypto-chrétiens à Chypre sur un total de 32,000 musulmans. Ces crypto-chrétiens, à la lisière de deux identités étaient appelés les "Linovamvakoi" textuellement les « lin et coton » en référence à un vêtement composé d'un mélange de fibres {lin (lino) et de coton (Vamvaki)}
Ce nom fera à n'en pas douter les délices des lecteurs exégètes car il fait une référence explicite au Talmud qui prohibe explicitement aux juifs de porter des vêtements tissé de lin et de coton en employant en hébreu à la fois l'adverbe yalfrJ.aw (ensemble) et le substantif sa 'al"nëz indiquant un tissu mélangé. Nous avons à faire à un signe de l'influence de la troisième religion du livre attendu que l'interdiction de porter des vêtement composés de fibre mélangées ne s'applique pas aux gentils
D'autres interpénétrations culturelles méritent d'être relevés il s'agit du rite de mariage cypriote.Ce rite est pratiqué encore de nos jours aussi bien par les grecs que par les turcs car il n'est pas confessionnel car pratiqué après la cérémonie religieuse. Les futurs époux venant de conclure leur union dans leur rite religieux spécifique, publient généralement une annonce indiquant la date de leur union dans la presse locale de façon à y inviter tous les villageois, qui se rendent alors à la fête. Le lien familial n'est pas nécessaire pour assister au mariage. Tous les convives se rendant au mariage doivent apporter une enveloppe contenant de l'argent dont le montant est proportionnel à la proximité du lien familial avec les futurs époux. Il n'est pas rare de trouver jusqu'à cinq cent personnes invités à un mariage. Il est d'usage de se rendre au mariage même si l'on ne connaît pas forcement intimement les futurs époux. Au début de la cérémonie les mariés saluent l'ensemble des convives sous un dais de mariage
Le dais de mariage
qui n'est pas sans rappeler la « 'houpa » du judaïsme. Les invités en profitent pour remettre leur enveloppe. Le repas de mariage est très simple, il est constitué de « klephtiko », de « resi » (une purée de froment) et de « korabiédes » (pâtisseries aux amandes). Les convives dansent alors le « tsifteteli » (τσιφτετέλι), une danse traditionnelle dont le nom est dérivé de deux mots turcs signifiants çifte (le double) et telli (cordes). Puis sur l'air traditionnel de la chanson du mariage, on procède au rite du « choros tou androginou »

« le rite du choros tou androginou »
consistant pour les invités épingler les billets de banque sur les mariés. La cérémonie s'achève, comme dans le judaïsme en brisant du talon une tasse, ou un verre. Les similitudes ont telles avec le judaïsme qu'elles ne peuvent être le fruit du hasard.
Les emprunts à la culture turque sont si importants (musique, danse, cuisine) qu'ils deviennent totalement constitutifs de la culture locale. La façon de vivre des deux minorité est identique. Dans les village du nord de Chypre maintenant occupés majoritairement par des turcs, l'ancien Kafénio grec sert souvent de Kahvesi turc, c'est le cas dans le village de Yeni Enreköy.

l'ancien Kafénio grec devenu le Kahvesi à Yeni Enreköy.

Le "cognac" cypriote, servi en fin de repas dans les tavernes du nord et du sud.
Plus de choses rapprochent les grecs et les turcs de Chypre qu'elles ne les séparent. Leur façon de vivre est identique, leur cuisine, leur profond attachement aux valeurs familiales, certains rites. Il est impossible encore de nos jours de différencier une mosquée d'une église avant que le minaret ou le campanile ne soit achevé
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Une église ? Non une mosquée transformée en église
| Une église orthodoxe dans le nord
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La mosquée moderne du village d'Agias Trias
| La mosquée et l'église du village de rizokarpasso. Toujours en usage. Symbole d'un avenir commun ou d'un passé révolu ?
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Il est bien connu que les grecs participaient avec leurs voisins turcs aux fêtes traditionnelles issues de l'islam L'identité cypriote s'est construite au coeur du proche orient, sur une île traversée par toutes les influences d'une région qui est le berceau des trois monothéisme. Il n'est pas possible de procéder à une étude sérieuse de la tradition cypriote sans naviguer d'une culture à l'autre tant leur interpénétration est importante. S'il existe sans aucun doute une spécificité culturelle dans ce pays elle est le fruit de centaines voire de milliers d'années d'échanges culturels, entre des éléments de la culture classique, de la philosophie de juifs hellénisés, de la culture byzantine, latine, vénitienne, ottomane, et pour finir de l'influence d'une occupation britannique qui a laissé outre la conduite à gauche, la pratique de l'anglais prenant pratiquement le statut de troisième langue officielle. Ce conflit, comme beaucoup est fratricide.
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Le village de rizokarpasso
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Mais Chypre est à l'image de l'orient, un creuset culturel, un carrefour de civilisations qui loin de se haïr sans cesse au cours de leur histoire développèrent une identité commune et complexe. L'histoire de l'humanité s'écrit souvent avec le sang et les larmes, mais aussi grâce aux échanges inter-communautaires. La spécificité de l'un se fondant dans la nation crée par l'autre, au point que l'on ne peut y distinguer le coton du lin pour paraphraser le Talmud.
Puisse ce conflit entre frères de sang et issus de la même culture méditerranéenne éveiller notre vigilance. J'écris ces lignes quelques jours après que le gouvernement de mon pays ait décidé de voter un amendement sur l'ADN qui réveille des démons que l'on croyaient définitivement assoupis. L'immigration d'une époque bâtit la culture de l'avenir. La culture d'une nation est fort heureusement la progéniture adultérine d'autres traditions antérieures. Il en sera toujours ainsi nonobstant les dispositions politiques de nostalgiques de régimes policiers, exacerbant à mots peine couvert le mythe de la pureté du sang. Ayons toujours à l'esprit cette maxime universelle, il est toujours plus facile de détruire que de construire.
Jean-Marc Cavalier Lachgar Octobre 2008
Liens:
Les cryptos-chrétiens en Turquie sur Istanbul guide.net
ihttp://www.toplumpostasi.net/index.php/cat/1/col/85/art/965/PageName/Ana_sayfa
i Le « Klephtico» pouvant être traduit par « viande volée » en référence au terme grec « Klepht » signifiant bandits. Les termes kleptomane et kleptomanie dérivent de cette racine. Les klephts étaient des bandits organisant des vendettas contre les officiels Ottomans. La tradition indique que les Klephts ne possédant pas de troupeaux, boucanaient lentement la viande dans des petites fosses, afin de ne pas se faire repérer par la fumée de cuisson Nombreux furent les Klephts qui participèrent à la guerre d'indépendance grecque.(Ελληνική Επανάσταση 1821–1829)
