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1.3 NICOSIE VILLE DIVISEE (1 DIVISEE A JAMAIS ?)

L'entrée de Chypre dans la communauté européenne vingt neuf ans après l'opération Attilla de " pacification " menée par l'armée turque, revêt une haute valeur symbolique... Comme l'affirment à juste titre certains, nous avons la nationalité de notre culture. Si ce concept peut paraître difficile à comprendre, il suffit d'observer l'île de Chypre. Avant 1974 Turcs et grecs partageaient souvent les mêmes villages, s'attablaient autour des mêmes plats, écoutaient les mêmes musiques et jouaient tous deux au Tavli. Cette situation est d'autant plus ridicule que les janissaires qui entrèrent à chypre il y a un peu plus de 400 ans étaient souvent d'origine grecque....Tout projet politique niant les différences et prônant l'uniformisation sans un idéal partagé au dessus des particularismes confessionnels, est et sera éternellement voué à un désastre annoncé.


En mai 2004 la République de Chypre rejoignait l'union européenne, repoussant ainsi ses frontières géographiques.

Deux petits états méditerranéens, Chypre et Malte ont ainsi étendu l'Europe politique au sud et à l'est aux lisières de l'Afrique du Nord et du Proche Orient.

L'entrée de Chypre dans la communauté européenne vingt neuf ans après l'opération Attilla de " pacification " menée par l'armée turque, revêt une haute valeur symbolique.

Nos frontières s'arrêtant maintenant au proche orient sur trop fameuse ligne verte, au delà de laquelle s'étend une zone tampon, un " no-man's land ", miné dans lequel patrouillent les soldats de l'ONU a fait resurgir des questions que l'on croyait définitivement closes.

La plus insidieuse étant " L'Europe est-elle chrétienne ?"

Cette réduction d'une culture au strict domaine confessionnel, ouvrait en grand les portes du retour du religieux dans les couloirs du pouvoir politique.


Lors d'une exposition de peintres chypriotes à Paris, il m'a même été donné d'entendre dans la bouche d'un français n'ayant jamais mis les pieds à Chypre, cette phrase me faisant encore froid dans le dos.

Je ne manquai pas tout d'abord de lui rappeler que les chypriotes dit "turcs", étaient tout aussi européens que leurs compatriotes "grecs" dès lors que Chypre avait été admise dans la CEE, d'autre part que le refus à cette réunification avait des causes strictement politiques.



Le mur séparant les deux communautés.

Au delà du caractère islamophobe et condescendant des propos de cette personne, une question essentielle surgissait : Comment construire une nation ou un groupe de nations multi-confessionnelles ? Cette question se pose avec d'autant plus d'acuité que la France renforce ses lois visant à une réaffirmation des principes de laïcité, mot absolument intraduisible dans la plupart des langues attendu qu'il fait référence à un système également quasi unique.
Le conflit qui opposa les deux communautés à Chypre n'était pas de nature religieuse, au sens où aucun des protagonistes ne cherchaient à convertir l'autre à son particularisme spirituel. En revanche ce petit état se trouva le jouet des grandes puissances. De plus la constitution de la nouvelle république de chypre prévoyant des postes gouvernementaux et des sièges de députés en fonction de l'appartenance à une ou l'autre communauté ne tarda pas à rencontrer ses limites.


Rien ne s'obtient sans sacrifice, ni la liberté sans le sang."

Inscription sur le poste d'observation de Ledra Street dans la Nicosie Grecque.

Le 16 août 1960 l'indépendance de l'île fut décrétée mettant ainsi un terme à 130 ans d'occupation britannique. Les traces de leur présence sont nombreuses, outre la conduite à gauche et une pratique quasi courante de la langue anglaise, les anciens colonisateurs exigèrent la présence de trois bases militaires souveraines, sur lesquelles seule la loi britannique est appliquée. (Akrotiri, Dekhelia, et le centre d'écoute du mont olympe dans le massif du Troodos).

Pour tenter de comprendre les racines de ce confit qui allait s'achever en 1974 par la partition du pays il convient de comprendre la genèse de deux mouvements antagonistes "L'Enosis", (l'union en grec) ou Taksim ( la partition en Turc). L'Enosis émanait au départ du clergé Orthodoxe et prônait l'union avec la Grèce. Il trouva un soutient parmi les commerçants et les intellectuels qui voyaient dans l'union avec la grèce un facteur de développement économique.

Les chypriotes musulmans n'étaient bien évidement pas consultés ni partie prenante dans le mouvement de L'Enosis. Très actifs dans l'administration ils avaient plutôt tendance à soutenir le statut colonial de Chypre, ou un retour à Istanbul craignant d'être marginalisés dans leur propre pays.

La cohabitation entre les deux communautés continua mais le sentiment nationaliste turc grandissait alors que les monastères orthodoxes devenaient des hauts lieux de la résistance à l'occupant britannique.


Le point de passage à Ledra.

En 1931 une première révolte de la communauté grecque éclata motif pris de l'augmentation des taxes et droits de douanes, avant d'afficher ses thèses nationalistes., et le prêtre de kition appela à la révolution.

La répression britannique fut sans faille, arrestation de deux mille chypriotes, suspension des partis politiques, et censure de la presse.

En 1950 Makarios III alors archevêque de Larnaka organisa un référendum sur L'Enosis et obtint une majorité de 96% ! Il n'en fallut pas plus à la Turquie dès 1956 pour proclamer sa souveraineté sur Chypre comme faisant "partie intégrante de son territoire". La Turquie revenait sur ses prises de positions, elle avait en effet annoncé en 1923 qu'elle renonçait à toute revendication territoriale sur l'île.

la zone neutre face à l'ancien palace de Ledra

Cette internationalisation d'un conflit local eu pour conséquence de faire germer les bases d'une partition, alors que les deux communautés vivaient ensemble depuis plus de quatre siècles.

En 1955 Nicosie vécu une série d'attentats visant les intérêts britanniques. Ces attentats perpétrés par l'organisation nationale des combattants chypriotes (EKOA), la branche armée de L'Enosis furent fortement réprimés par l'occupant entraînant une sympathie grandissante de la population à l'endroit de leurs auteurs.

Les affrontements entre les partisans de l'indépendance et l'armée britannique tournèrent une guerre civile entre grecs et turcs. Les églises furent mise à sac et l'île vit pour la première fois de son histoire la création de ghettos ethniques dans les villes.







Ledra street du coté turc La même rue du coté grec.
Des pressions allaient être exercées sur la Grèce et la Turquie afin que cesse leur soutient respectif aux deux minorités. A la suite d'une série de conférences diplomatiques à laquelle prit part la Grande Bretagne eurent lieu les accords de Zurich qui faisaient de Chypre une république indépendante.
Une constitution fut écrite qui prévoyait un Président Grec et un vice président Turc, ainsi qu'un droit de veto de la minorité turque. Les chypriotes ne furent pas consultés pour la rédaction de cette dernière. Cette constitution entérinait par sa structure intrinsèque, le principe d'une séparation ethnique, au sens où elle contraignait les chypriotes à se définir selon leur communauté d'extraction.

Les deux chefs d'états de la nouvelle république; Monseigneur Makarios et le vice président Fazil Küçük se fixèrent pour objectif la création d'une république unie.

Hélas la constitution se révéla rapidement une entrave à leurs espoirs, elle favorisait les querelles à la défense parfois contradictoire d'intérêts ethniques. De plus les nationalistes grecs continuaient à prôner l'enosis et les nationalistes turcs du TMT (organisation terroriste turque) la partition.

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Tags sur le mur de séparation
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La cathedrale de sainte sophie devenue une mosquée durant l'occupation ottomane

En 1963 Makarios proposa une réduction des pouvoirs de la minorité turque, afin d'éviter les blocages de l'exécutif par leur droit veto.

Les combats entre les deux communautés reprirent et seul l'envoi en 1964 d'une force d'interposition de l'ONU les fit cesser, au prix d'un repli de la communauté turque dans des ghettos.

La communauté grecque qui détenait alors tous les pouvoirs politiques proclama un embargo sur les zones occupées par les turcs. L'inter visite entre les zones grecques et turques fut interdite tandis que les casques bleus protégeaient les lignes entre les deux populations.

En 1968 Makarios leva l'embargo autorisant ainsi à nouveau les turcs à commercer à s'établir dans toute l'île.

L'arrivé au pouvoir des colonels en Grèce, eu pour effet de porter un coup aux thèses de l'enosis et un calme relatif revient à chypre.

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Une épicerie à coté de la mosqué de Sainte Sophie.

Le conflit s'internationalisa à nouveau mais cette fois à cause des relations entre Makarios et la junte au pouvoir en Grèce.

La junte n'acceptait plus que chypre soit le refuge des opposants et que la presse chypriote ne soit pas censurée. Environ un millier de soldats partirent de Grèce afin de renverser Makarios. Le coup d'état échoua et Makarios fut réélu en 1973 à la grande déception des Etats Unis soutenant discrètement le régime des colonels.

En Juillet 1974 une offensive de taille fut lancée sur chypre par la junte au pouvoir en Grèce. Les militaires prirent le pouvoir, et Makarios échappa à la mort en gagnant la base britannique d'Akrotiri. L'Enosis se realisait mais au prix d'une la mise en place d'une junte militaire, et Nikos Sampson extrémiste de droite devint le président auto proclamé du regime militaire.

La junte militaire des colonels commit une erreur incroyable, elle affirma que l'invasion de chypre et son annexion était une affaire intérieure grecque.

Dans les cinq jours qui suivirent la Turquie attaqua à son tour l'île, au titre de l'article 4 du traité d'indépendance qui lui donnait le droit d'intervenir si l'indépendance, ou l'intégrité territoriale de chypre venait à être menacée.

L'intervention commencée le 20 juillet 1974, s'acheva le 16 août par l'occupation et le contrôle de 30 % du territoire chypriote; deux cent mille chypriotes grecs furent expulsés du nord de l'île et 55000 chypriotes turcs gagnèrent le nord.

L'invasion de Chypre provoqua la chute de la junte militaire à Nicosie, et ensuite à Athènes.

Depuis 1974 en dépit des résolutions de l'ONU l'armée Turque occupe le Nord de l'île.

Quelle morale pouvons nous tirer de ce drame humain qui fit des victimes dans
les deux camps ?

Ainsi Nicosie se trouve être la dernière capitale européenne à posseder le triste privilège d'avoir un mur séparant deux nations. Il s'agit bien de deux nations car la destinée du Nord est sensiblement différente de celle du sud. Dans le nord de l'île, le temps s'est écoulé différemment, frappé d'embargo, ne disposant pas de son autonomie monétaire le nord importe le déficit de la Turquie.
Il est très difficile de créer un état multi-confessionnel. N'en déplaisent aux tenants d'une vision communautariste comme voie de salut, seule la neutralité d'un état, situé au dessus des particularismes confessionnels peut permettre aux hommes nonobstant leurs differences d'apparence de vivre ensemble.

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Manifestation pacifiste à nicosie le 29 décembre 2002

Comme l'affirment à juste titre certains, nous avons la nationalité de notre culture. Si ce concept peut paraître difficile à comprendre, il suffit d'observer l'île de Chypre.

Turcs et Grecs comme d'aucuns aiment à les nommer, ne constituent certainement pas des nationalités mais des particularismes spirituels issus de doctrines religieuses.

Avant 1974 les uns et les autres partageaient les mêmes villages, s'attablaient autour des mêmes plats, écoutaient les mêmes musiques et jouaient tous deux au Tavli.Cette situation est d'autant plus ridicule que les janissaires qui entrèrent à chypre il y a un peu plus de 400 ans étaient souvent d'origine grecque
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TASSOS PAPADOPOULOUS lors de la manifestation du 29 décembre 2002 qui allait devenir le président de république chypriote quelques mois plus tard.


Il serait stupide également de faire passer tant les turcs que les grecs pour des agneaux sortant de la blanche bergerie. Cette guerre fratricide fit des victimes dans les deux camps, et aujourd'hui bien malin serait celui qui désignerait le vainqueur et le vaincu.

De part et d'autre de cette cicatrice qu'est la ligne verte, seuls la souffrance et le désespoir ont triomphé. Le chypriote Turc d'Androlikou pleure toutes les larmes de son corps lorsqu'il voit son village mourir, tout comme le chypriote grec de kyrenia ne s'est jamais relevé d'avoir abandonné sa ville et ses biens.

Comme toutes les tentatives de construction d'une "tour de Babel" celle ci fut également conduite à l'échec. Tout projet politique niant les différences et prônant l'uniformisation sans un idéal partagé au dessus des particularismes confessionnels, est et sera éternellement voué à un désastre annoncé. La France célèbre en 2005 le centenaire de la loi de séparation des églises et de l'état, dans les classiques rangs des partis politiques hissant au rang d'une vertu le nationalisme, cette haine de l'autre certains hommes politique à ce jour de premier plan s'interrogent sur un "toilettage" de cette législation. Hélas l'histoire ne bégaye pas mais se répète inlassablement, les mêmes causes provoquant inéluctablement les mêmes effets.

Jean-Marc Cavalier Lachgar 2005

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Les autorités de la "République Turque du Nord de Chypre" refusent l'entrée des journalistes de télévision au nord du pays.

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le mur à Ledra street

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Triste vestiges du passé.

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La tour de babel fresque du monastère de Kikko