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Deux petits états méditerranéens, Chypre et Malte ont ainsi étendu l'Europe politique au sud et à l'est aux lisières de l'Afrique du Nord et du Proche Orient.
L'entrée de Chypre dans la communauté européenne vingt neuf ans après l'opération Attilla de " pacification " menée par l'armée turque, revêt une haute valeur symbolique.
Nos frontières s'arrêtant maintenant au proche orient sur trop fameuse ligne verte, au delà de laquelle s'étend une zone tampon, un " no-man's land ", miné dans lequel patrouillent les soldats de l'ONU a fait resurgir des questions que l'on croyait définitivement closes.
La plus insidieuse étant " L'Europe est-elle chrétienne ?"
Cette réduction d'une culture au strict domaine confessionnel, ouvrait en grand les portes du retour du religieux dans les couloirs du pouvoir politique.
Lors d'une exposition de peintres chypriotes à Paris, il m'a même été donné d'entendre dans la bouche d'un français n'ayant jamais mis les pieds à Chypre, cette phrase me faisant encore froid dans le dos.
Le "non" du petit peuple chypriote au référendum sur la réunification de l'île doit être interprété comme le refus de l'entrée des mahométans dans l'Europe chrétienne. En disant non les chypriotes ont défendu nos valeurs! (sic)


Inscription sur le poste d'observation de Ledra Street dans la Nicosie Grecque.
Le 16 août 1960 l'indépendance de l'île fut décrétée mettant ainsi un terme à 130 ans d'occupation britannique. Les traces de leur présence sont nombreuses, outre la conduite à gauche et une pratique quasi courante de la langue anglaise, les anciens colonisateurs exigèrent la présence de trois bases militaires souveraines, sur lesquelles seule la loi britannique est appliquée. (Akrotiri, Dekhelia, et le centre d'écoute du mont olympe dans le massif du Troodos).
Pour tenter de comprendre les racines de ce confit qui allait s'achever en 1974 par la partition du pays il convient de comprendre la genèse de deux mouvements antagonistes "L'Enosis", (l'union en grec) ou Taksim ( la partition en Turc). L'Enosis émanait au départ du clergé Orthodoxe et prônait l'union avec la Grèce. Il trouva un soutient parmi les commerçants et les intellectuels qui voyaient dans l'union avec la grèce un facteur de développement économique.
Les chypriotes musulmans n'étaient bien évidement pas consultés ni partie prenante dans le mouvement de L'Enosis. Très actifs dans l'administration ils avaient plutôt tendance à soutenir le statut colonial de Chypre, ou un retour à Istanbul craignant d'être marginalisés dans leur propre pays.
La cohabitation entre les deux communautés continua mais le sentiment nationaliste turc grandissait alors que les monastères orthodoxes devenaient des hauts lieux de la résistance à l'occupant britannique.

En 1931 une première révolte de la communauté grecque éclata motif pris de l'augmentation des taxes et droits de douanes, avant d'afficher ses thèses nationalistes., et le prêtre de kition appela à la révolution.
La répression britannique fut sans faille, arrestation de deux mille chypriotes, suspension des partis politiques, et censure de la presse.

la zone neutre face à l'ancien palace de Ledra
Cette internationalisation d'un conflit local eu pour conséquence de faire germer les bases d'une partition, alors que les deux communautés vivaient ensemble depuis plus de quatre siècles.
En 1955 Nicosie vécu une série d'attentats visant les intérêts britanniques. Ces attentats perpétrés par l'organisation nationale des combattants chypriotes (EKOA), la branche armée de L'Enosis furent fortement réprimés par l'occupant entraînant une sympathie grandissante de la population à l'endroit de leurs auteurs.
Les affrontements entre les partisans de l'indépendance et l'armée britannique tournèrent une guerre civile entre grecs et turcs. Les églises furent mise à sac et l'île vit pour la première fois de son histoire la création de ghettos ethniques dans les villes.




En 1963 Makarios proposa une réduction des pouvoirs de la minorité turque, afin d'éviter les blocages de l'exécutif par leur droit veto.
Les combats entre les deux communautés reprirent et seul l'envoi en 1964 d'une force d'interposition de l'ONU les fit cesser, au prix d'un repli de la communauté turque dans des ghettos.
La communauté grecque qui détenait alors tous les pouvoirs politiques proclama un embargo sur les zones occupées par les turcs. L'inter visite entre les zones grecques et turques fut interdite tandis que les casques bleus protégeaient les lignes entre les deux populations.
En 1968 Makarios leva l'embargo autorisant ainsi à nouveau les turcs à commercer à s'établir dans toute l'île.

Le conflit s'internationalisa à nouveau mais cette fois à cause des relations entre Makarios et la junte au pouvoir en Grèce.
La junte n'acceptait plus que chypre soit le refuge des opposants et que la presse chypriote ne soit pas censurée. Environ un millier de soldats partirent de Grèce afin de renverser Makarios. Le coup d'état échoua et Makarios fut réélu en 1973 à la grande déception des Etats Unis soutenant discrètement le régime des colonels.
En Juillet 1974 une offensive de taille fut lancée sur chypre par la junte au pouvoir en Grèce. Les militaires prirent le pouvoir, et Makarios échappa à la mort en gagnant la base britannique d'Akrotiri. L'Enosis se realisait mais au prix d'une la mise en place d'une junte militaire, et Nikos Sampson extrémiste de droite devint le président auto proclamé du regime militaire.
La junte militaire des colonels commit une erreur incroyable, elle affirma que l'invasion de chypre et son annexion était une affaire intérieure grecque.
Dans les cinq jours qui suivirent la Turquie attaqua à son tour l'île, au titre de l'article 4 du traité d'indépendance qui lui donnait le droit d'intervenir si l'indépendance, ou l'intégrité territoriale de chypre venait à être menacée.
L'intervention commencée le 20 juillet 1974, s'acheva le 16 août par l'occupation et le contrôle de 30 % du territoire chypriote; deux cent mille chypriotes grecs furent expulsés du nord de l'île et 55000 chypriotes turcs gagnèrent le nord.
L'invasion de Chypre provoqua la chute de la junte militaire à Nicosie, et ensuite à Athènes.
Depuis 1974 en dépit des résolutions de l'ONU l'armée Turque occupe le Nord de l'île.
Quelle morale pouvons nous tirer de ce drame humain qui fit des victimes dans
les deux camps ?


Il serait stupide également de faire passer tant les turcs que les grecs pour des agneaux sortant de la blanche bergerie. Cette guerre fratricide fit des victimes dans les deux camps, et aujourd'hui bien malin serait celui qui désignerait le vainqueur et le vaincu.
De part et d'autre de cette cicatrice qu'est la ligne verte, seuls la souffrance et le désespoir ont triomphé. Le chypriote Turc d'Androlikou pleure toutes les larmes de son corps lorsqu'il voit son village mourir, tout comme le chypriote grec de kyrenia ne s'est jamais relevé d'avoir abandonné sa ville et ses biens.
Jean-Marc Cavalier Lachgar 2005




