http://kadgoddeu.free.fr/
LE RESSENTIMENT DANS L'HISTOIRE.
Il a déjà quelques temps j'assistais à une conférence à propos du livre " Le ressentiment dans l'histoire" de l'historien Marc Ferro. Je confesse ne pas avoir lu son livre, (ce que je ne manquerai pas de faire prochainement) aussi mon propos ne portera pas sur son ouvrage mais sur l'intervention du conférencier.
Son exposé liminaire portait sur une longue liste de situations historiques ayant entraînées des ressentiments transmis entre les générations. Il ne manqua pas de citer au nombre de ces situations le conflit israélo-palestinien. En forme de conclusion, il cita les propos d'Hannah Arendt sur le pardon et la promesse, indiquant ainsi qu'il appartient à une génération de décider de faire cesser cette spirale infernale, qui commence souvent par des petites humiliations avant de prendre la forme d'exclusion pure et simple de l'autre. La reconnaissance de l'altérité étant un préambule forcement nécessaire à l'établissement d'un dialogue entre ceux s'étant déchirés souvent dans un combat fratricide.
Je ne manquai pas de lui faire remarquer que la plupart des conflits naissaient souvent de divisions factices ou exacerbées par des responsables politiques et religieux. Ces chefs politiques ou confessionnels loin de chercher à créer du lien et à faire la démonstration de l'existence avérée d'une culture commune et partagée, ne manquent pas de pervertir l'histoire ou de réécrire les mythologies pour mieux justifier leurs thèses pernicieuses.
La culture du moyen orient est bon un exemple, attendu qu'elle est articulée autour du judaïsme, de christianisme et de l'islam. Cette culture est indivisible tant son interpénétration est profonde et ancienne. L'histoire de ces trois religions n'ayant cessée de se croiser, d'échanger lors d'apport mutuels. Parfois ces échanges se payèrent au prix du sang.
Le conférencier ne manqua pas de me poser la question des modalités pratiques permettant de faire cesser le ressentiment entre les peuples. Je lui fit remarquer à mon tour que des femmes et des hommes de modération, émancipés du joug religieux (ou à tout le moins de l'aliénation du strict registre théologique) n'ont jamais manqué de dialoguer ensemble dans un respect mutuel. Au moment même où je formulais ma réponse, je me rendis compte à la fois de la nullité de mon propos et de l'inefficacité de leur action.
Il était évident que ces personnages historiques et cultivés étaient déjà tous convaincus du bien fondé de leur démarche et que leur action sur le reste de la population était quasiment nulle, un cabaliste ou un soufi n'auraient jamais fait verser le sang, mais leur efficacité restait à démontrer quant à la réduction du ressentiment.
Le conférencier ne manqua pas de me poser la question des modalités pratiques permettant de faire cesser le ressentiment entre les peuples. Je lui fit remarquer à mon tour que des femmes et des hommes de modération, émancipés du joug religieux (ou à tout le moins de l'aliénation du strict registre théologique) n'ont jamais manqué de dialoguer ensemble dans un respect mutuel. Au moment même où je formulais ma réponse, je me rendis compte à la fois de la nullité de mon propos et de l'inefficacité de leur action.
Il était évident que ces personnages historiques et cultivés étaient déjà tous convaincus du bien fondé de leur démarche et que leur action sur le reste de la population était quasiment nulle, un cabaliste ou un soufi n'auraient jamais fait verser le sang, mais leur efficacité restait à démontrer quant à la réduction du ressentiment entre les groupes humains.
Je n'avais pas identifié un point très important : celui de la culture populaire; s'exprimant dans nos sociétés en particulier sous la forme de la variété. Il me revint alors une chanson grecque de Manolis Angelopoulos en vogue dans les tavernes de Chypre " Aneva sto trapezi mou" (Monte sur ma table). Cette chanson est tellement populaire que d'aucuns pensent qu'il s'agit d'une chanson folklorique il n'en n'est rien.
Cette chanson grecque fut reprise par la chanteuse cypriote turque Ziynet Sali


à la fois en grec et en turc, la version grecque conservant d'ailleurs un refrain turc. Son disque connu un succès considérable des deux cotés de la ligne verte, je n'ai pu le trouver à Chypre pour cause de rupture de stock au point que je me le suis procuré paradoxalement auprès d'un revendeur de produits turcs à New York !
Ziynet Sali turcophone eut les plus grandes difficultés à chanter en grec et fit appel à un "coach" pour effacer son accent. Mais ma plus grande surprise ne vint pas de cette initiative certes louable d'une cypriote turque mais d'une autre chanteuse, la superstar Cypriote grecque Anna Vissi née en 1957 dans le village de Pyla prés de Larnaka, qui se trouve aujourd'hui être le seul village mixte de chypre attendu qu'il est situé depuis 1974 dans la zone neutre.
Anna Vissi est considérée dans la sphère hellénophone comme la "Madonna grecque". Son succès est tel qu'il est impossible de ne pas entendre ses chansons si l'on se rend en Grèce. Elle interpréta sa chanson "eisai" en anglais sous le titre "call me" qui eu un succès considérable aux Etats Unis.


Je ne suis pas naïf au point de penser ou d'affirmer que ces deux chanteuses de variété possèdent les clefs de la résolution du conflit cypriote. Mais les échanges passionnés entre les jeunes sur les forums sont de bonne augure au sens où ils ouvrent les nouvelles générations au dialogue. Il est vrai que le philosophe Patrick Négrier soulignait à juste titre dans son ouvrage la "tradition initiatique " La sécularisation massive des sociétés contemporaines a provoqué un repliement du prophétisme non seulement dans les expressions publiques et privées du monde initiatique, mais encore dans les sphères laïques de la poésie, de la philosophie, de l'art, et de la chanson populaire; [...] Ce constat libérateur pose le problème de savoir quel doit être l'attitude des hommes de connaissance face aux identitarismes culturels que sont les intégrismes religieux, dont les violences meurtrières, dictées par une exégèse littérale sans scrupule, prouve hélas combien était vrai le propos de Paul selon lequel " la lettre tue mais l'esprit fait vivre" ibid la tradition initiatique pages 61& 63.
Cette initiative est une goutte d'eau dans un océan d'amertume mais méritait d'être soulignée.